Namur

Publié le 15-12-2014 | Céline Léonard

Autrucherie du Pont d’Amour : une histoire écrite à la plume

Reginald Michiels est tombé sous les charmes des autruches au détour d’un voyage en Afrique du Sud. Une passion que ce photographe de formation a décidé de concrétiser en créant un élevage à quelques encablures de Dinant. Il nous relate son parcours semé d’embûches pour faire exister cette activité si atypique dans nos contrées.

CCImag’ : Vous exercez un métier pour le moins original…
R.M. : « En effet ! Je suis à la fois éleveur, producteur et artisan. La ferme que je dirige aux côtés de mon épouse est spécialisée dans l’élevage de ratites (= oiseaux coureurs). Outre des autruches, nous comptons également quelques émeus, nandous et casoars. Plus de 200 bêtes au total vivant toute l’année au pâturage. »

CCImag’ : À quand remonte votre intérêt pour les autruches ?
R.M.:«Toutacommencéen1977.Photographe et cinéaste, je réalisais un reportage en Afrique du Sud quand je suis pour la première fois entré en contact avec cet oiseau. Loin de l’image de grande poule stupide que l’on peut s’en faire, j’ai découvert un animal doté d’importantes facultés. C’est attrait est resté latent jusqu’en 1992, année où mon épouse et moi avons décidé d’abandonner nos carrières respectives pour créer un élevage. »

CCImag’ : Cela ne s’est pas fait sans mal…
R.M.: « C’est peu de le dire. Pour relancer son économie, la Wallonie encourageait les gens à innover, créer, se diversifier… Avec cet élevage, nous étions plein dedans et, pourtant, nous avons dû nous battre contre toutes les administrations pour obtenir
les autorisations nécessaires. Après avoir fait le pied de grue devant les ministères, nous avons finalement obtenu notre permis d’exploiter en 1995. »

CCImag’ : Après 19 années d’activité, vous avez inauguré un abattoir sur votre site l’an dernier. Un réel progrès ?
R.M.:«Oui car,en ce domaine aussi,nous avons pas mal galéré. Du point de vue de l’abattage, l’autruche se trouve en effet au croisement de différentes familles : les bovins car sa viande est rouge, les porcins car elle est à 15 % omnivore, les volailles car elle a des ailes et des plumes, les ovins car elle a deux doigts… Il n’était donc pas aisé de savoir vers quel abattoir s’orienter. Ces problèmes sont désormais résolus. Avec un abattoir sur notre site, nous maîtrisons qui plus est la chaîne de production de A à Z : incubation, élevage, abattage, découpage et vente dans le magasin de la ferme. »

CCImag’ : Pourquoi consommer de la viande d’autruche ?
R.M. : « L’autruche n’est en rien comparable à la volaille. C’est une viande rouge riche en fer et protéines mais d’une faible teneur en cholestérol. C’est, par ailleurs, l’une des rares viandes à être totalement exempte d’antibiotiques.»

CCImag’ : Parvenez-vous à vivre de votre activité ?
R.M. : « Oui, même si ce n’est pas tous les jours évident. Pour accroître nos rentrées, nous avons diversifié notre gamme de produits. À côté des traditionnels steaks, nous commercialisons ainsi diverses viandes (rôti, saucisse, haché…) et charcuteries (jambon, saucisson, cou…) Nous vendons également les œufs dont le poids est inférieur à 1,5 kg (au-delà, ils partent vers la maternité). Les peaux nous sont achetées par le secteur de la maroquinerie, les plumes par l’industrie du spectacle. Nous songeons aussi à vendre les os qui, lorsqu’ils sont polis, deviennent aussi beaux et plus solides que l’ivoire mais le projet est encore à l’étude. Enfin, nous organisons des visites guidées de l’autrucherie. »

CCImag’:En2015, l’autrucherie fêtera ses 20 ans. Comment envisagez-vous son avenir ?
R.M. : « Sereinement. Nous nous attelons actuellement à la construction d’une nouvelle maternité. Nous souhaitons parallèlement améliorer encore la qualité de notre production en étant plus précis encore dans le suivi de nos bêtes. Une manière de fidéliser une clientèle venant parfois de loin (ndlr : l’autrucherie compte des clients jusqu’au nord de Paris) pour acheter nos produits ! »

 

 


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