Lg-Verviers

Publié le 05-05-2015 | Jacqueline Remits

Agriculture urbaine : quand Liège devient fertile

Jardins communautaires, potagers sur les toits, réhabilitation de friches industrielles pour y faire pousser fruits et légumes : l’agriculture urbaine et périurbaine trace son chemin. Dans plusieurs villes des États-Unis, à Singapour et à Berlin, notamment. La région liégeoise s’y met aussi. Plusieurs jeunes pousses, comme le projet Verdir initié par l’ULg, sont prêtes à prendre racine en ville et alentours.

L’activité sidérurgique du bassin liégeois n’étant plus ce qu’elle était, certaines industries fermées font désormais place à des friches industrielles aussi inesthétiques que néfastes. La SPAQuE en a recensé 5.000 sur une superficie totale d’environ 10.000 hectares, dont 80 % sur l’axe Sambre-Meuse en milieu urbain et périurbain. Il est devenu urgent de les réhabiliter. Pourquoi ne pas y faire pousser des légumes ? Si New York est pionnière en la matière, dans d’autres villes des Etats-Unis, comme Pittsburgh ou Detroit, le développement de formes d’agriculture nourricières sur les friches industrielles fait partie des programmes municipaux. Singapour a réussi son pari d’être autosuffisante pour ses besoins en viande et produit 25 % de ses besoins en légumes. Plus près de chez nous, à Berlin, le nombre de jardiniers amateurs dans les jardins communautaires a explosé. Et en Belgique ? A Bruxelles, un potager a été installé sur le toit de la Bibliothèque royale de Bruxelles et un jardin sur le toit d’un parking de la place Sainte-Catherine. Dans le bassin liégeois, l’agriculture urbaine et périurbaine permettrait de développer une nouvelle économie, créatrice d’emplois. Plusieurs initiatives vont dans ce sens.

VERDIR (1)Verdir : pousses de laitues sur friches industrielle
Le projet Verdir (Valorisation de l’Environnement par la Réhabilitation Durable et l’Innovation Responsable) est né à l’initiative de l’Université de Liège. S’il regroupe des membres de la communauté universitaire, il associe également des acteurs extérieurs tels que la Région wallonne, dont il a reçu des soutiens financiers au travers de ses pôles de compétitivité MécaTech, GreenWin et WagrAlim, le GRE, ainsi que des PME et des entreprises comme Arcelor et Accenture. Les bâtiments industriels, les friches et la Meuse constituent les outils de base indispensables au projet. Deux sites vont permettre le démarrage cette année. « Le volet juridique et le plan d’affaires vont être clôturés et l’opérationnel va être lancé, confirme Bach Kim Nguyen, assistant pédagogique du vice-recteur Eric Haubruge, actif dans le projet. Dans l’un des bâtiments du site Magnetto d’ArcelorMittal  à Flémalle, les premières unités de production en aquaponie (culture hors-sol en milieu confiné pour laitues, tomates, poivrons…) et en hydroponie (culture de plantes hors-sol associée à un élevage de poissons) vont voir le jour. Des bâtiments désaffectés et une friche-pilote de Chertal vont être aménagés pour un travail prospectif en recherche et développement. Plusieurs unités-pilotes seront également installées pour des productions hors-sol de biomasse et de produits à haute valeur ajoutée. » Grâce à la situation de ces sites en bord de Meuse, les produits frais pourront facilement être transportés vers les centres urbains du Bassin liégeois pour un coût écologique réduit. Une unité-pilote de démonstration flottante, PénichEUM, une péniche-musée, sera également aménagée pour sensibiliser le grand public et les politiques aux possibilités de l’agriculture urbaine.

benoit noelCeinture Aliment-Terre Liégeoise : circuits courts et produits locaux
Lancée en 2013 par un groupe de maraîchers et d’acteurs associatifs, la plateforme Ceinture Aliment-Terre Liégeoise (CATL) promeut la création de circuits courts en agriculture en région liégeoise. Elle regroupe plusieurs initiatives.
Ainsi, Les Compagnons de la Terre, société coopérative à finalité sociale, vient d’être fondée le 28 janvier 2015. Elle va travailler à inventer, expérimenter et développer les systèmes alimentaires de demain. « Nous les voyons solidaires, agro-écologiques, locaux, à taille humaine, produisant des produits succulents sains, de terroir : fruits, légumes, fromages au lait cru, charcuterie fine, poulets labellisés, etc., détaille Benoît Noël, ingénieur agronome, membre actif de la CATL. Nous allons développer un projet-pilote de coopérative de production agro-écologique avec l’utilisation de méthodes naturelles pour cultiver la terre. L’objectif de notre plan d’affaires est de mettre en œuvre ce modèle de production sur deux sites, une ferme-école à Sprimont et un terrain à Tilff avec l’association citoyenne Ecotopia. Nous envisageons une production économiquement viable. Nous allons travailler avec de l’agroforesterie en ligne avec des arbres fruitiers et des systèmes de production de légumes. »
Le GREOA (Groupement Régional Economique des vallées de l’Ourthe et de l’Amblève), une asbl de promotion d’activités socioéconomiques à Harzé, a mis en œuvre une recherche-action pour finaliser le modèle de production et le montage de la coopérative.
La Ceinture Aliment-Terre Liégeoise s’associe à la triennale Reciprocity Design Liège 2015 dans le cadre du projet Campus Food Saint-Gilles. Lors de Reciprocity 2012, dans le cadre de l’initiative Sustainability@School portée par Wallonie Design, l’exposition Welcome to Saint-Gilles avait pour objectif de faire réaliser par des étudiants en design des projets faisant écho à la vie quotidienne de Saint-Gilles. Ce quartier de Liège a pour particularité de compter près de 30 écoles et universités, plus de 10 000 élèves et étudiants pour 5 000 habitants. Un grand campus où étudiants et habitants se côtoient quotidiennement. Pour la prochaine édition, qui se tiendra du 1er octobre au 1er novembre, les étudiants de La Cambre, futurs designers et architectes d’intérieur, déjà impliqués en 2012, ont proposé de travailler avec la plateforme CATL sur un projet intitulé Campus Food Saint-Gilles. Il s’agira, par exemple, d’inciter les étudiants, plutôt adeptes de la junk food, à se nourrir d’une manière saine et durable, ou encore de tenter de rapprocher habitants et étudiants  dans cette perspective. Par ailleurs, la CATL envisage également une collaboration avec la coopérative Vin de Liège.

GastronomiaGastronomia : beau et bio
Autre projet orienté vers les circuits courts et les produits locaux, Gastronomia à Seraing, a pour objectif la reconversion d’anciens halls industriels en centre commercial. L’offre s’orientera vers les secteurs de l’alimentation spécialisée, du bio, ou encore des produits de terroir et de la gastronomie avec un accent mis sur les produits frais et locaux, selon le concept du Slow Food, le développement durable appliqué au domaine alimentaire. Le circuit court sera mis en évidence, avec la commercialisation de produits locaux directement du producteur au consommateur. Des boutiques proposant des produits du terroir complèteront l’offre. Gastronomia constituera un point d’enlèvement pour les achats groupés de produits locaux, avec également la mise en place d’un service de commandes par Internet et des points de collectes. La conservation partielle des halles devrait conférer à l’ensemble une atmosphère chaleureuse et conviviale avec la création d’espaces de détente et de restauration. Situé en plein centre-ville serésien, entre la nouvelle cité administrative et le siège de CMI, le projet comprendra également une implantation de matériel agréé pour transformer les produits issus de l’agriculture locale en conserves et plats préparés, des bureaux et un parking. Un investissement de 21 millions d’euros financé par le Feder.

Et encore :

  • Cycle en Terre, jeune entreprise de production de variétés locales de semences bio à Strée – Huy. Commercialisation des semences dès ce printemps 2015 via Internet et plusieurs lieux de distribution.
  • Fungi Up!, récupération de marc de café produit à Liège pour cultiver des pleurotes. Une centaine de kits de pleurotes ont déjà été commercialisées et vendues fin 2014.
  • Local Eat, future application pour smartphones et tablettes permettant de trouver des produits frais, locaux et artisanaux en Wallonie et à Bruxelles. Financement participatif sur la plateforme web kisskissbankbank.
  • Cartographie participative du maillage vert à Liège, une initiative de l’asbl urbAgora. Pour en savoir plus et/ou contribuer au financement du projet www.kisskissbankbank/cartographie-participative-vert-a-liege


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