Brabant wallon

Publié le 09-10-2017 | Stéphanie Heffinck

Serge Bassem et Pierre Crokaert (eWON) : une croissance qui décoiffe…

  • Une société qui fait parler les machines industrielles, grâce à ses routeurs et outils
  • Un ingrédient du succès : une plateforme cloud d’accès à distance pour configurer des connexions Internet sécurisées
  • Pierre et Serge : associés dans le boulot, amis dans la vie…

Le chapeau boule inspire décidément eWON ! Il fait son entrée dès le couloir de l’accueil, dans une reproduction d’un personnage de Magritte et semble flotter au-dessus des boucles de Charlot sur un panneau coulissant d’une salle de réunions. « Nous en avons distribué 5.000 lors d’événements ou de salons s’exclame le pétillant Serge Bassem. Nous aimons en effet replacer l’humain au centre de nos campagnes, de nos initiatives, une image en décalage avec l’automatisation à laquelle notre activité est liée ». Son Chaplin des « Temps Modernes » est figé sur les gigantesques rouages d’une machine parlante ; quant au mystérieux homme du maitre du surréalisme belge, il se dirige vers une porte ouverte sur tous les possibles… comme les données du Cloud. Les produits eWON, assemblés et testés dans les ateliers de Nivelles, connectent en effet les machines à internet, de façon sécurisée. A distance, ces dernières sont ainsi surveillées et livrent de précieuses informations qui limitent les interventions et déplacements des techniciens. Monitoring, diagnostic, maintenance préventive… et optimisations diverses apparaissent en effet dans la palette des services que cette société à la pointe de la technologie a développés et imaginera encore dans les mois et années à venir. Derrière la très belle réussite de l’entreprise, un tandem de choc, tout sourires, est aux commandes : Serge Bassem et Pierre Crokaert, la petite cinquantaine fringante, se sont connus lorsqu’ils étaient chercheurs à l’ULB. Les 2 ingénieurs civils ont fondé ACT’L, en 1992 (automatisation industrielle ; bureau d’étude en électronique industrielle), puis BiiON et œuvré au développement d’eWON en 2000. Depuis lors, la paire d’amis qui ne se départissent jamais de leur sens de l’humour ravageur et de leur enthousiasme naturel a fait un sacré bout de chemin…

Le coup de génie

SB et PC : « En l’an 2000, Internet était utilisé pour les courriels, pour surfer. Notre idée était d’utiliser ce réseau connectant le monde entier pour… connecter les machines ! Nous étions précurseurs dans cette intention de mettre la technologie internet au service de la technologie industrielle ! Mais c’était compliqué, parce qu’il fallait « éduquer » le marché craintif; il fallait changer les mentalités. Mais l’intérêt était là et nous avons d’ailleurs obtenu des Prix comme celui de la technologie, à Paris, en 2003, pour la gamme de produits eWON lors du salon Automation (ndlr : Serge et Pierre ont d’ailleurs pris l’habitude de collectionner les prix… Rien qu’en 2010 : Prix Wallonie à l’Exportation, Prix du « produit le plus novateur » dans la catégorie des solutions sans fil pour Talk2M et les produits eWON et une 3è distinction pour ses solutions innovantes, lors du « Trends Business Tour ».)

Le deuxième coup de génie, en 2006, a pris la forme de Talk2M, service de connectivité industrielle sécurisée dans le Cloud. Le produit, à la frontière entre l’ingénierie, l’informatique, l’automatisation, est aussi simple d’utilisation que Skype. En un clic, l’utilisateur a une connexion sécurisée à la machine sélectionnée ! Au départ, nous vendions un équipement que nos clients intégraient ; en proposant de connecter l’eWON très simplement à Talk2M, nous avons simplifié le travail de l’utilisateur et cela nous a valu la forte croissance que nous avons connue, cette dernière décennie.

Enfin, notre 3è coup de génie se fera par la construction de services à haute valeur ajoutée, au départ de l’utilisation et l’exploitation des données de la machine en vue de la maintenance préventive et d’optimisations… »

Le coup de force

SB et PC : « Début juillet, nous avons été élus ‘numéro 1’, pour la 3è fois consécutive, dans la catégorie « accès distant aux machines », par un grand magazine industriel des Etats-Unis : Control Design. Nous brûlons ainsi la politesse à Siemens, Phoenix. C’est vraiment une très grande fierté pour nous d’apparaître comme le leader mondial ! Avec des solutions Cloud et 23 serveurs répartis dans le monde, nous comptons 130.000 machines connectées, dans 156 pays et plus de 10.000.000 de connexions sécurisées. Depuis une dizaine d’années, nous connaissons une croissance de l’ordre de 25% par année. En février 2016, nous avons été rachetés par HMS, dont nous sommes devenus le centre de compétences spécialisé dans les solutions à distance, apportant ainsi des activités complémentaires à leurs 2 autres entités : Anybus et IXXAT. Aujourd’hui, nous réalisons 98% de notre CA à l’export : environ 60% pour l’Europe, 30% aux Etats-Unis et 10% pour le reste du monde… »

SB : « Je pense que notre grande force est d’allier, dans la conception de nos produits, la vision technique et des apports créatifs, toujours dans l’optique de coller aux besoins des clients ».

PC : « Notre fonctionnement en binôme est aussi un atout ; nous sommes complémentaires. Je m’occupe plus spécifiquement de la partie technique et développement et Serge, du management, de la commercialisation et du marketing… »

SB : « Nous pouvons aussi compter sur une équipe extraordinaire où le turn-over est faible. Nous sommes attentifs à y préserver la bonne ambiance et donnons à notre effectif un large accès à l’information en expliquant toujours le pourquoi des choses. Quelles que soient leurs compétences, nos salariés sont ainsi impliqués et responsabilisés ».

Le coup de gueule

Serge Bassem : « Nous comptons engager une vingtaine de personnes, tout prochainement. Mais nous avons beaucoup de difficultés à trouver des ingénieurs qualifiés ; cela freine notre expansion. Pouvoirs publics, universités, écoles ne présentent pas suffisamment l’attractivité de métiers d’avenir et les métiers techniques sont moins bien considérés qu’avant ! La digitalisation va faire apparaître de nouvelles fonctions… Malheureusement, c’est davantage son côté destruction d’emploi qu’opportunités nouvelles qui est souligné. Il y a urgence à insister sur le très grand potentiel créatif dans les métiers de l’ingénieur, dans une société de demain qui sera définitivement technologique » !

Avenue Robert Schuman, 22 à 1400 NIVELLES – Tél : 067/89.58.00 – www.ewon.biz

copyright : Reporters

DU TAC AU TAC

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CCI mag’ : « Et le défaut que vous ne supportez pas ? »

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