Wallonie picarde

Publié le 05-06-2019 | A. Valée

PORTRAIT – Jean-François Declercq (LE TRAIT D’UNION):travail adapté, qualité assurée

> Entreprise de travail adapté (ETA) à Mouscron, le Trait d’Union séduit de plus en plus de clients industriels.

> Elle occupe 310 collaborateurs, dont 280 sont reconnus par l’AVIQ pour leur handicap.

> Ses métiers vont du conditionnement manuel ou automatique à l’impression textile, en passant par l’entretien des espaces verts.

A. Valée – copyright EH – Reporters

La cravate qu’il dit lui-même avoir exceptionnellement nouée pour l’interview fait davantage sourire ses employés qu’elle ne les effraie. Avec Jean-François Declercq, le tour des ateliers du Trait d’Union, à Mouscron, s’effectue au gré d’une démarche presque chaloupée, et ponctuée, en guise de salut à ses collaborateurs, de « high five » qui pourraient (d)étonner les plus frileux.

Car valides ou moins valides – le Trait d’Union est une Entreprise de Travail Adapté – le patron semble connaître tous ses coéquipiers par leur prénom, voire leur surnom. Voilà la double facette de Jean-François Declercq : un sens inné du contact et une ‘cool attitude’ qui peuvent désarçonner mais rassurent d’emblée… et qui dissimuleraient presque ses talents de gestionnaire hors pair. De 100 employés en 2004 lorsqu’il arrive à la direction, le Trait d’Union en emploie un peu plus du triple quinze ans plus tard, et diversifie sans cesse ses métiers. De 5.000 m2 dans les années 2000, l’entreprise en occupe 10.000 et cherche d’autres locaux, après avoir créé une antenne également à Comines-Warneton de plus de 2.000 m².

On ne sera pas étonné d’apprendre que Jean-François Declercq est du genre hyperactif, toujours connecté. Il n’y a guère que sur sa moto, quelques minutes par semaine, qu’il débranche. Et encore, même le casque bien vissé sur la tête, enfourchant son défouloir à deux roues, il lui est déjà arrivé de prendre des appels, c’est dire…

Son carburant à lui, « c’est l’opportunité de travailler à mi-chemin entre l’économie et le social. La nécessité, passionnante, presque grisante, de réajuster sans cesse le curseur entre les deux, pour fournir à la fois un service impeccable et concurrentiel pour nos clients, et un emploi épanouissant et durable pour des personnes qui ont connu ou connaissent des difficultés dans la vie. »

 

COUP DE GENIE

Quand on lui parle de la « concurrence déloyale » des ETA, Jean-François Declercq sourit et répond sans hésitation. « Statutairement, nous sommes une ASBL et ne cherchons donc pas à engranger des bénéfices plantureux mais plutôt à investir dans l’humain. Mais en tant qu’ASBL, nous n’émargeons pas aux aides à l’investissement par exemple. Oui, notre personnel, rémunéré a minima au revenu garanti, est subsidié par l’AVIQ. Mais engager des travailleurs qui peuvent souffrir de déficiences physiques ou mentales suppose aussi un encadrement et des contraintes que les entreprises marchandes ne connaissent pas. Vous en voyez beaucoup, vous, qui engagent du personnel handicapé ? Par ailleurs, nous sommes nous aussi soumis à une forte concurrence. De la part des régies pénitentiaires, des autres ETA (wallonnes, flamandes), mais aussi à l’international. La délocalisation ne nous a pas épargnés et à partir d’un certain volume annuel, nous savons que soit la mécanisation, soit la délocalisation auront tôt fait de remplacer nos travailleurs pour nos clients. »

 

Indépendamment de ces paramètres, le Trait d’Union redistribue actuellement 30% de ses bénéfices de manière équitable entre tous les travailleurs, selon les heures prestées. « Chacun est aussi couvert par une assurance hospitalisation et une assurance dentaire. Nos publics, sensibles et fragilisés, sabrent d’abord souvent dans ces frais lorsqu’ils sont nécessaires. » Certifié ISO 9001 et engagé dans un processus de management des objectifs sociaux, le Trait d’Union ne sacrifie rien à la qualité du service qu’il preste en sous-traitance industrielle : « On respecte les délais, les prix et la qualité souhaitée dans le cahier des charges et en cas de non-conformité, on réagit ». Le tout est appliqué à des métiers aussi diversifiés que l’emballage, le conditionnement, le tri, l’assemblage et les travaux à façon, la manutention, le travail en salles blanches (alimentaire et pharma). « Plus récemment, nous avons ouvert un service de création et d’entretien d’espaces verts et d’impression sur textile et stickers. Des atouts très appréciés de nos clients fidèles ». Des activités non délocalisables, également.

 

L’outsourcing fait aussi partie de l’organisation de l’entreprise : près de 40 % des travailleurs du Trait d’Union prestent quotidiennement au sein même d’entreprises partenaires. La plus belle preuve d’intégration, tout comme le fait que 10 des 40 membres de l’encadrement… sont également reconnus par l’AVIQ. Des travailleurs et une entreprise (presque) comme les autres, finalement.

 

COUP DE FORCE

« Mon coup de force, c’est plutôt celui de mon prédécesseur à la tête du Trait d’Union, Claude Bourgueil. En 1995, en effet, il a su négocier avec beaucoup d’habileté le virage que l’Administration a imprimé pour nos structures qui, d’« Ateliers protégés » auparavant, devenaient « Entreprises de travail adapté ». Bien plus qu’une refonte du vocabulaire, c’est tout le modèle que connaissait le Trait d’Union qui a été modifié, en profondeur. C’est toute la philosophie de notre mission qui devait être revue. Législation sociale, syndicats, rémunérations, modèle économique… tout devait changer. Et Claude Bourgueil a su accompagner efficacement l’équipe au gré de ces bouleversements. Aujourd’hui, je sais que je n’aurais jamais su parvenir aux résultats que nous connaissons actuellement sans son travail, sans cette base solide. Une structure, des règles, une clientèle fidèle. Claude a réussi cette délicate transition et je lui en serai toujours reconnaissant. »

 

COUP DE GUEULE

« Mon coup de gueule, je le destine aux populismes et populistes de tous poils, et à cette facilité déconcertante qu’a n’importe qui pour mettre en place une propagande destinée à retourner le cerveau de nos concitoyens, et à leur faire absorber n’importe quoi. Aujourd’hui, fini la nuance, tout est blanc ou tout est noir. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question d’époque et de médias, que c’est lié à l’arrivée d’internet ou des réseaux sociaux. Cela a existé de tout temps, Facebook n’était pas en ligne en 1936 à ce que je sache ! Tout cela, plutôt que de donner à la population des outils de compréhension, bref, les clés de sa propre émancipation… Cela me désespère. »

 

BIO EXPRESS

Né à Mouscron le 30 octobre 1973 et pur produit Hurlu, Jean-François Declercq suit son cursus primaire et secondaire au Collège Sainte-Marie, puis achève un graduat en marketing à l’ISE de Mons en 1997. L’année suivante, il décroche son premier job au CPAS de Mouscron. Il y gérera des projets d’insertion socio-professionnelle subsidiés alors par le Fonds Social Européen (FSE). Déjà un premier pied à la croisée de l’emploi et de la précarité. En 2002, il migre vers l’ASBL Le Trait d’Union, elle-même émanation du CPAS (créé en 1969). Il y passera deux années comme adjoint à la direction, sous l’égide de Claude Bourgueil. Au départ de ce dernier, en 2004, Jean-François Declercq reprend les rênes de l’entreprise, et s’y épanouit aujourd’hui encore pour l’objectif sociétal qu’il concourt à atteindre. Passionné de moto, il vit en couple et est père de deux enfants.

Trait D’Union – Boulevard de l’Eurozone, 3 à 7700 Mouscron – Tél : 056/85.52.00 www.traitunion.be – info@traitunion.be

Valée – copyright : EH-Reporters


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