Wallonie picarde

Publié le 20-06-2019 | A. Valée

PORTRAIT – Olivier Ringler (MCBRIDE) : des produits d’entretien en mode “grande lessive”

Un CA annuel qui dépasse 800 millions euros, 4.000 travailleurs dans le monde entier, 18 usines… dont une et un siège (500 emplois) pour l’Europe continentale en Wallonie, à Estaimpuis pour être précis. McBride, premier fournisseur européen de la grande distribution en produits ménagers de toutes sortes, y a en effet implanté à la fois son quartier général européen et a racheté autrefois en Belgique deux site de production majeurs (Yplon, à Ypres et Estaimpuis).  

Pourtant, vous ne verrez nulle part la marque McBride dans les rayons des supermarchés, pour la simple raison qu’elle n’existe pas ! La société prospère depuis toujours dans l’ombre des « private labels », les marques de distributeurs (MDD). Chez McBride, on formule, on produit, on embouteille, on étiquette et on expédie des lessives liquides (et des tablettes pour lave-vaisselle). « On maîtrise toute la chaîne puisque nous soufflons également nos flacons et concevons parfois les étiquettes en interne pour nos clients » explique Olivier Ringler, directeur de la Business Unit France pour la société. « Cette pénombre, je la trouve finalement assez confortable, même si nous avons deux cibles à séduire sans moyens marketing : le distributeur et le client final. »

Notre homme arpente les bureaux d’Estaimpuis chaque jour jusqu’à pas d’heure depuis bientôt un an. Basée à Manchester, la multinationale vit au rythme des conjectures : paiements, change, réglementations, douane… Au moment d’écrire ces lignes (fin avril), le Brexit ne dit toujours pas son nom. « On envisage les différents scenarii mais la seule chose qui soit sûre, c’est l’étendue et la profondeur des implications que le processus engagé aura sur notre groupe et ce, peu importe la manière dont la sortie de l’Europe se soldera. »

Les flux logistiques et financiers qui traversent le Channel sont en effet considérables chez McBride. « Le Brexit pourrait constituer un effet d’aubaine… ou un risque majeur ». Olivier Ringler aborde ces éventualités avec la philosophie d’un moine bouddhiste. Un relativisme qu’il confie avoir mûri lorsqu’il comptait les dégâts des averses de grêle sur ses vignes camarguaises…

 

BIO EXPRESS

Né il y a bientôt 50 ans à Paris, Olivier Ringler est diplômé en sciences économiques à l’Université de Paris Dauphine. En 1994, il intègre le département condiments (Amora, Maille, Liebig…) de Danone et gravit les échelons de la branche commerciale, du terrain jusqu’au management.

Ses contacts avec la grande distribution, Olivier Ringler les développe ensuite chez un producteur en private label, Svenska Cellulosa (SCA), papetier suédois qui produit des références pour Lotus, Demak’up, Nana… Onze ans plus tard, il rejoint Refresco, le plus gros embouteilleur mondial (Pepsico…) en tant que directeur commercial et marketing pour la France.

Il quitte ce poste en mars 2018 et est recruté par McBride trois mois plus tard. Entretemps, il a cédé le domaine viticole camarguais acquis en 2000 et développé avec son frère. Olivier Ringler réside à Lille la semaine et habite à Valence (Drôme), où il retrouve sa famille le week-end.

COUP DE GENIE

« Mac Bride, c’est un grand paquebot, qui nécessite donc du temps et de l’énergie pour virer de cap, a fortiori lorsque ce n’est pas lui qui maîtrise finalement le gouvernail ». C’est par cette métaphore qu’Olivier Ringler exprime l’un des trois enjeux majeurs auxquels l’entreprise fait face désormais. Ce premier défi, c’est la transition écologique et la maîtrise du risque sanitaire, indispensables à l’heure actuelle. « Pour la planète et les humains, d’abord, pour respecter les réglementations, ensuite ».

Tributaire de la demande du consommateur final et des choix opérés par les enseignes de grande distribution, McBride s’adapte donc. Et, parmi les marques de lessives, détergents qui sont fabriqués et embouteillés à Estaimpuis pour les plus grands noms de la grande distribution, on retrouve notamment aussi des produits écolabellisés. « Nos produits issus du pétrole constituent un marché non-porteur, nous en sommes pleinement conscients. Notre révolution est donc en marche, parce qu’il y a là aussi une réelle opportunité économique ».

Second enjeu majeur, vu le positionnement ‘private label’ de l’entreprise : « L’agilité. Celle qui nous permettra de conserver le subtil équilibre entre une uniformisation industrielle, nécessaire pour maîtriser les coûts et la personnalisation ultime que nous visons toujours pour respecter l’identité de chacun de nos clients, petits ou grands ». Les clients étant différents, leurs cahiers de charges le sont aussi… tout comme leurs produits, dans leur composition et leurs propriétés. On est donc loin d’un simple changement d’étiquette !

Olivier Ringler voit un troisième élément qui pourrait conditionner le devenir du groupe : Internet. « Nous avons tout à faire en la matière, or le segment de marché lié à la vente en ligne explose, même pour les produits d’hygiène et d’entretien. Amazon et Alibaba pourraient être des clients très importants à l’avenir ».

COUP DE FORCE

Si elle s’est avérée rapide, l’arrivée d’Olivier Ringler chez McBride n’a rien d’un coup de force, « je dirais que c’est plutôt un alignement de planètes », ajuste notre interlocuteur. Son parcours de management commercial, au contact de la grande distribution française et européenne et dans des entreprises produisant pour des MDD (Marques de distributeurs), semblait déjà tout tracé jusqu’à Estaimpuis.

« Des modifications dans l’organisation du groupe et ses secteurs géographiques suivies par la disparition tragique de Francis Lietaert, mon prédécesseur, ont accéléré mon arrivée à ce poste de directeur de la Business Unit France. »

Comment s’est-il imposé dans ces circonstances ? « C’est très simple et très compliqué à la fois. McBride est une entreprise ancienne, avec une équipe très fidèle, très loyale : un changement brutal à la direction pouvait être mal vécu. Ma recette n’a jamais varié : être proche, à l’écoute, au contact. En tant que producteur « à façon », la principale richesse de l’entreprise n’est pas notre marque -nous n’en avons pas- mais bien les personnes qui la composent. »

COUP DE GUEULE

« Je ne suis pas le plus farouche défenseur du principe de précaution, qui n’est à mes yeux qu’un vulgaire parapluie sous lequel certains s’abritent trop facilement. En France, notamment. C’est selon moi un principe qui bride la créativité, l’initiative et qui, implicitement, indiquerait que l’industrie serait forcément dirigée par de vils pollueurs, empoisonneurs et non par des chefs d’entreprises qui peuvent créer de manière responsable, éthique, durable. Il y a, je pense, beaucoup d’hypocrisie dans le principe de précaution et en tant que producteur, cela me choque. »

copyright photos : EH-Reporters

McBride – Headoffice – Rue Moulin Masure, 6 à 7730 Estaimpuis – 056/48.21.11. – http://www.mcbride.co.uk – info@mcbride.eu 

DU TAC AU TAC

  1. La qualité que vous préférez chez un homme 

O.R. : « La rectitude, la droiture ».

  1. La qualité que vous préférez chez une femme

O.R. : « Idem » !

  1. Votre principal défaut

O.R. : « L’impatience et, comme vous le voyez, j’ai formulé la réponse très rapidement, sans aucune hésitation » !

  1. Votre rêve de bonheur

O.R. : « Une Société sans conflits, pacifiée ».

  1. Ce que vous voudriez être

O.R. : « Explorateur ».

  1. Le pays où vous désireriez vivre

O.R. : « L’Afrique du Sud, une terre de contrastes qui me fascine ».

  1. Vos héros dans la vie réelle

O.R. : « J’ai toujours admiré Mike Horn, explorateur aventurier, fasciné par ses expéditions ».

  1. Votre domaine culturel préféré

O.R. : « Le vin et la gastronomie, sans aucun doute ».

  1. Le don de la nature que vous aimeriez avoir

O.R. : « La téléportation. Utile pour gagner du temps et assouvir mon désir de découvrir tous les recoins de notre planète, alors que mon temps sur celle-ci, justement, est compté » !

  1. La faute qui vous inspire le plus d’indulgence

O.R. : « Toutes sauf celles qui sont irréversibles, comme le crime ».

  1. Votre devise

O.R. : « J’oserais ? Allez : In Vino Veritas (rires) ».

 


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