Wallonie

Produits bio : “Nous devons créer le bon matching entre l’offre et la demande”

5 Minute(s) de lecture

En Wallonie, comme ailleurs dans notre pays, les produits bio ont le vent en poupe. Plébiscité par des consommateurs plus que jamais soucieux de l’origine et des modes de production des produits qu’ils consomment, le bio s’inscrit comme un choix de consommation de plus en plus fréquent. Directeur général de l’Apaq-W (Agence wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité), Philippe Mattart a accepté de commenter les chiffres de deux récentes études consacrées au secteur. 

La part du marché bio en Belgique = 3,4%

Depuis 2008, la part du marché bio ne cesse de croître dans notre pays. Publiée en 2020 par BioWallonie, la dernière étude du genre nous apprend que le bio représente désormais 3,4%[1] du marché national. Si l’on se focalise sur la Wallonie, ce pourcentage atteint 4,9%, une proportion qui a triplé depuis 2009.   

Philippe Mattart : « En tant qu’observateur attentif de la consommation agroalimentaire, cette croissance ne nous étonne pas. Depuis une dizaine d’années, il existe un intérêt grandissant de la part du consommateur pour le bio se traduisant par des tendances claires et constantes en matière de comportements d’achat.  Bien évidemment, 3,4% de part de marché, cela peut sembler peu. Mais il ne faut pas oublier que le bio demeure une préférence de consommation au sein d’un marché où l’offre est très diversifiée.  Espérons-nous voir ce pourcentage augmenter ? Oui, mais pas à n’importe quelles conditions. Le développement d’une agriculture biologique exige en effet de se poser certaines questions en matière de rendement, mais aussi d’autosuffisance alimentaire. Concernant ce dernier point, il faut ainsi avoir conscience que le taux d’autosuffisance de la Belgique en produits bio reste faible. La plupart des produits bio proposés à la vente sont des produits importés, y compris dans la gamme des produits frais. Le vrai défi pour des structures telles que la nôtre est d’encourager un développement raisonné de cette filière en créant le bon matching entre l’offre et la demande. C’est un équilibre à trouver. Si nous encourageons la consommation de produits bio importés au détriment de produits émanant de l’agriculture wallonne, nous serons complètement passés à côté de notre mission. »  

70% des Belges ont l’intention de consommer davantage de produits bio 

Le baromètre 2020 de l’agriculture et des produits bio publié par l’Apaq-W (et réalisé par le bureau d’études Listen) indique que 70% des Belges ont l’intention de consommer davantage de produits bio à l’avenir. Un pourcentage qui grimpe à 77% si l’on se limite à la partie francophone du pays. 

Philippe Mattart : « Nous ne disposons pas encore des chiffres relatifs aux derniers mois. Des indications fiables nous laissent toutefois penser que le contexte sanitaire exceptionnel que nous avons connu, et connaissons encore, aura une incidence positive sur ce pourcentage.  La crise du coronavirus a modifié les habitudes de consommation de nombreux Belges. Lors du premier confinement en particulier, nous avons vu les consommateurs se tourner de manière significative vers les circuits-courts, les produits locaux et bio. L’engouement est depuis lors quelque peu retombé, mais il en demeure une prise de conscience générale. A la faveur de la crise, nous nous sommes rappelés que le fait de s’alimenter n’était pas quelque chose de banal et que notre sécurité alimentaire était une chose dont nous devions nous préoccuper. Dans ce contexte, la proximité entre le producteur et le consommateur est apparu comme un gage de plus grande sécurité. Une évolution des mentalités dont nous ne pouvons évidemment que nous réjouir.»

91% des hectares bio belges sont situés en Wallonie

L’étude de BioWallonie nous apprend également qu’à la fin de l’année 2019, notre pays comptait 93.000 ha, soit 6,9% de la superficie agricole utile totale (bio et conventionnelle) du territoire. Fait étonnant : 91% des hectares bio belges sont situés en Wallonie.

Philippe Mattart : « Un tel pourcentage s’explique par des différences majeures entre les modes de production privilégiés par chaque région. Le paysage flamand se caractérise par une agriculture intensive, des volumes de production alimentaires conséquents ainsi qu’une industrie de transformation très importante. Parallèlement à cette logique de production, la Flandre dispose d’un nombre relativement limité de surfaces agricoles. Autant d’éléments ne concourant pas à l’essor d’une agriculture bio dans cette région. 

Si on isole les chiffres wallons, on constate que les hectares bio représentent 11,5% de la superficie agricole totale. Un pourcentage nous plaçant parmi les bons élèves européens, la moyenne au sein de l’Union étant de 7,5%.» 

38 % des consommateurs ne connaissent pas du tout les règles, de l’agriculture biologique

Menée auprès d’un échantillon représentatif de la population belge, l’étude de Listen indique que 62% des consommateurs connaissent, au moins un peu, les règles de l’agriculture biologique (2% extrêmement bien – 12% bien). Autrement dit, près de 4 répondants sur 10 ne connaissent pas du tout les règles relatives à cette agriculture. 

Philippe Mattart : « S’intéresser au bio, c’est s’intéresser à une réglementation. Une perspective qui n’est pas nécessairement enthousiasmante pour le consommateur. De ce fait, il n’est pas étonnant qu’un pourcentage important de personnes ignorent ce que recouvre ce label et s’il prend en compte, par exemple, les conditions de travail, le bien-être animal ou les principes écologiques. Il y a donc un important travail d’information à mener, même si le degré de connaissance du grand public évolue positivement. Le label bio européen (l’Eurofeuille) notamment, est bien mieux identifié par le consommateur qu’il y a quelques années (ndlr : 62% des consommateurs belges le reconnaissent aujourd’hui contre 36% en 2018 – Source : Baromètre 2020 : L’agriculture biologique et les produits bio en Belgique – Listen). »  

36 % des consommateurs de produits bio les achètent pour la qualité des produits 

S’intéressant aux motivations des consommateurs qui achètent des produits bio, l’étude menée par Listen identifie trois raisons majeures dans le choix ce mode de production :

  • préserver sa santé (39%) 
  • la qualité des produits (36%) 
  • protéger la planète (33%)

Parmi les autres raisons invoquées, 28% citent le bien-être animal ; 28% l’économie locale et 24% le travail de façon éthique afin de respecter les petits producteurs et agriculteurs.

Philippe Mattart : « Quelles soient fondées ou non, toutes ces motivations sont évidemment très honorables. Mais il me semble important d’y apporter certaines précisions. Tout d’abord, la volonté de protéger la planète, peut parfois être plus facilement rencontrée en optant pour des produits locaux que des produits bio venant de pays lointains. 

Ensuite, les produits issus de l’agriculture wallonne sont, dans leur ensemble, très qualitatifs. Cela vaut pour ceux émanant de la filière biologique, mais aussi ceux en provenance de la filière conventionnelle. Aussi, même si certains agriculteurs ont fait le choix d’aller un pas plus loin en intégrant les exigences du label bio à leur production, occulter la qualité globale de notre agriculture serait une erreur. »

Merci au bureau d’études LISTEN pour sa participation à la réalisation de cet article.


[1] Les chiffres sont issus du rapport « De biologische landbouw in 2019 » réalisé par le VLAM et du rapport du Marché bio 2019 du SPW sur bases des données recueillies par GfK Belgium. 

355 posts

À propos de l’auteur
Rédactrice en chef (Liège-Namur)
Articles
Vous pourriez aussi aimer
Wallonie

Lancement d'un prêt d’urgence « inondations »

2 Minute(s) de lecture
Les outils financiers régionaux de Wallonie – la SOWALFIN, la SRIW, la SOGEPA et WALLONIE SANTÉ –  lancent conjointement un prêt d’urgence à taux zéro visant à…
Wallonie

Les entreprises peuvent à nouveau se préparer à l’enquête fédérale sur la mobilité

3 Minute(s) de lecture
Cette année, les employeurs privés et publics occupant en moyenne plus de 100 travailleurs doivent à nouveau compléter l’enquête fédérale sur la mobilité (diagnostic des déplacements…
Wallonie

SOLARCYCLE sélectionnée parmi les principaux acteurs du traitement des panneaux photovoltaïques en France

4 Minute(s) de lecture
PV Cycle France (« SOREN » depuis cette semaine), l’éco-organisme en charge d’organiser la collecte et le traitement des panneaux photovoltaïques usagés dans l’Hexagone,…