Wallonie

Publié le 08-11-2018 | Alain Braibant

Monica Santalena (100 000 entrepreneurs Belgique) : apprendre à (s’) entreprendre

Développer l’esprit d’initiative chez les jeunes, leur donner le goût d’entreprendre : telle est la mission que s’est fixée l’ASBL 100 000 entrepreneurs Belgique. Pour agir sur les mentalités, l’association organise des témoignages d’entrepreneurs dans les établissements scolaires. Rencontre avec Monica Santalena, co-fondatrice et Directrice de 100 000 entrepreneurs Belgique.

 

100 000 entrepreneurs est à l’origine une initiative française…

M.S. : « Tout à fait. L’association a été créée, en 2007, en France pour répondre à la crise économique et à sa pire conséquence sur le plan social, à savoir la difficulté pour les jeunes de trouver un emploi. L’homme d’affaires Philippe Hayat et le Club Horizons (ndlr : un club d’entrepreneurs et de cadres dirigeants qui incube des projets citoyens) en sont les initiateurs. Leur objectif est de transmettre le goût d’entreprendre aux jeunes âgés de 13 à 25 ans. »

En Belgique, la création de l’association est plus récente.

M.S. : « Oui, la fondation de l’ASBL 100 000 entrepreneurs Belgique date de 2013. Elle a vu le jour en collaboration avec l’association française. Pendant trois ans, j’ai fonctionné seule. Aujourd’hui, nous sommes quatre collaborateurs et, je l’espère, bientôt cinq. »

Cibles privilégiées : la Wallonie et à Bruxelles

En fait, on devrait plutôt dire 100 000 entrepreneurs Wallonie-Bruxelles.

M.S. : « Nous sommes effectivement implantés en Wallonie et à Bruxelles. »

Des raisons à ce positionnement géographique ?

M.S. : « Le besoin de donner le goût d’entreprendre est plus criant du côté francophone qu’en Flandre. L’économie wallonne a reposé pendant des décennies sur les grandes entreprises sidérurgiques au sein desquelles il était possible d’effectuer toute sa carrière. Un peu comme dans une administration même si c’était le secteur privé. Au contraire des Flamands, dont l’histoire industrielle est différente, beaucoup de Wallons ont donc vécu dans une certaine quiétude professionnelle, d’autant plus que la sidérurgie et la métallurgie étaient prospères. Par ailleurs, la culture latine diffère de la mentalité flamande qui est plus proche du monde anglo-saxon. Au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, l’esprit d’entreprise et le goût du risque sont présents dès l’école avec des mises en situation et l’initiation à la prise de responsabilités. »

Un partenaire essentiel : l’enseignement

C’est précisément au monde de l’enseignement que vous vous adressez…

M.S. : « Oui, nous organisons, dans les établissements scolaires, la venue de chefs d’entreprises issus de tous les secteurs, y compris du monde associatif. Nous les invitions à venir témoigner de leur expérience dans les classes de l’enseignement secondaire et supérieur.

Notre action ne se limite pas à l’enseignement de plein exercice, nous ciblons aussi les jeunes inscrits en promotion sociale ou dans l’enseignement en alternance. De même, nous ne nous limitons pas aux chefs d’entreprise. Nous sollicitons aussi tous les entrepreneurs car nous ne voulons pas opposer indépendants et salariés. On peut aussi faire preuve d’initiative et de créativité dans l’entreprise dans laquelle on travaille. Dans l’enseignement, au départ, nous nous sommes adressés prioritairement aux professeurs d’économie et de gestion mais nous avons élargi nos contacts à d’autres cours car nous pensons qu’il faut un projet global dans les écoles si l’on veut faire évoluer la mentalité des plus jeunes. »

Le monde de l’enseignement et le monde de l’entreprise sont très différents. Rencontrez-vous parfois des réticences ?

M.S. : « Il y a parfois des difficultés mais en général, l’accueil est positif. Nous sommes aussi en contact avec la Fondation pour l’Enseignement. Le développement de l’esprit d’entreprendre est d’ailleurs inscrit dans le Pacte d’excellence. »

Des témoignages soigneusement préparés

Concrètement, comment se mettent en place ces actions ?

M.S. : « Nous allons présenter le projet dans les écoles après avoir pris contact avec les enseignants. Ceux-ci peuvent aussi faire la démarche vers nous et s’inscrire directement sur notre site web www.100000entrepreneurs.be. A partir de là, nous contactons des entrepreneurs qui sont disposés à venir témoigner de leur expérience dans l’école concernée. Grâce à nos différents partenaires, nous disposons d’un important réservoir de personnes prêtes à venir parler de leur vécu. Parler à des jeunes ne s’improvise pas. Nous organisons donc des formations pour nos candidats témoins et nous préparons leurs interventions avec eux. Nous avons rédigé un petit guide à leur intention et un autre à l’intention des enseignants. Nous organisons aussi le suivi des séances au moyen d’un questionnaire qui est envoyé aux enseignants et aux entrepreneurs. Ce n’est donc pas de l’improvisation ! »

20.000 jeunes et 1.000 entrepreneurs

Et ça fonctionne ?

M.S. : « En France, 350.000 élèves ont déjà eu l’opportunité d’entendre ces témoignages. En Belgique, nous avons touché 20.000 étudiants de tous les réseaux et plus de 1.000 entrepreneurs ont participé, ou sont prêts à participer, à des séances d’information. Parfois, ces rencontres peuvent prendre la forme d’un forum qui réunit plusieurs entrepreneurs et un groupe de jeunes lors d’un speed-meeting avec questions-réponses. Notre ASBL est aussi présente dans différentes manifestations comme des salons d’orientation ou des rencontres de sensibilisation à l’entrepreneuriat féminin qui reste, hélas, largement minoritaire. »

Un autre exemple de manifestation ?

M.S. : « Dans le cadre de la semaine ‘Emergences d’idées et esprit d’entreprendre’ qui s’est tenue, en mars dernier, dans la région de Verviers, nous avons organisé un forum à Dison au cours duquel une centaine d’élèves de l’enseignement général et qualifiant et six chefs d’entreprise de la région ont pu dialoguer pendant trois heures et échanger leurs idées. »

De quoi discute-t-on lors de ces rencontres ?

M.S. : « D’abord, il faut dire qu’il n’y a pas de tabou. Il ne s’agit pas d‘un cours théorique. Les étudiants peuvent poser toutes les questions qu’ils souhaitent. Les témoignages des entrepreneurs portent avant tout sur leur parcours, sur les motivations qui les ont poussés à devenir indépendants, les démarches qu’ils ont dû accomplir pour pouvoir créer leur entreprise. C’est aussi l’occasion d’aborder leurs réussites et leurs échecs et pour les jeunes, de comprendre qu’un échec n’est pas une fatalité, que l’on peut apprendre de ses erreurs et rebondir. »

Soutien public et privé

 

Vos organisations sont gratuites. Avec quels moyens fonctionnez-vous ?

M.S. : « Notre budget annuel est de 200.000 €. Nous sommes soutenus financièrement par le Ministère bruxellois de l’Emploi, par le Gouvernement wallon par l’intermédiaire de l’AEI (Agence pour l’Entreprise et l’Innovation) et par le Gouvernement fédéral à travers le SPF économie pour notre action en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Du côté du secteur privé, nous sommes aidés par des organismes comme la Pulse Foundation, la Fondation Baillet-Latour (créée en 1974 par le Directeur général de la brasserie Artois) et la fondation Degroof-Petercam. A côté de ces soutiens financiers, nous en avons d’autres partenaires qui nous ont permis d’étoffer notre réseau de chefs d’entreprise et d’entrepreneurs témoins. Impossible de les citer tous mais on y trouve, notamment, Be Angels, Réseau Entreprendre Wallonie, FAR (Femmes actives en réseau), la Fondation pour l’enseignement et Student Start Lab. »

A vous entendre, on a le sentiment qu’il existe dans le milieu économique une réelle mobilisation pour la promotion de l’esprit d’entreprendre.

M.S. : « Beaucoup d’entrepreneurs sont persuadés que la création d’entreprises est indispensable au développement économique, à la création de richesses et à la prospérité. Les mentalités commencent à changer mais il faut continuer à tenter de convaincre, non seulement les jeunes mais aussi leurs parents qui ont connu l’âge d’or de la grande industrie, en particulier en Wallonie. Il faut donner aux jeunes le goût du risque, leur ouvrir l’esprit, leur dire qu’il est possible de réaliser son rêve. Bien sûr, ils doivent aussi savoir qu’il faut tester son projet, réaliser des études de marché, établir un business plan. Il ne s’agit pas d’envoyer les jeunes au casse-pipe mais, comme je l’ai dit plus haut, il faut aussi les persuader qu’un échec n’est pas définitif, qu’au contraire, il peut être un tremplin vers une réussite ultérieure. Il faut leur apprendre à persévérer, à se prendre en main, bref à être maître de leur destin. »

 MONICA SANTALENA –  BIO EXPRESS

  • 50 ans
  • Née dans la région de Venise
  • Avocate diplômée de l’université de Ferrara
  • A vécu en France à partir de 2000
  • Réside en Belgique depuis 2010
  • Directrice de 100.000 entrepreneurs Belgique depuis 2013

100 000 Entrepreneurs Belgique :  Silversquare Louise -  Avenue Louise, 523 à 1050 Bruxelles

www.100000entrepreneurs.be

 


A propos de l'auteur



Les commentaires sont fermés

Retour au début ↑