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Publié le 23-02-2021 | CP.

Payer vos collaborateurs en bitcoin, une fausse bonne idée ?

Les cryptomonnaies ont la cote, et le bitcoin crève le plafond… De plus en plus de personnes (et pas que des férus d’informatiques) souhaiteraient se faire payer de la sorte. Que faut-il en penser ? Est-ce possible et si oui est-ce intéressant ?

Cryptomonnaie, bitcoin … Kezako ?

Il s’agit d’une monnaie électronique décentralisée ( = qui n’est liée à aucune banque centrale) qui permet de s’affranchir du contrôle d’une tierce partie par le biais d’un système de sécurité (quasiment) imbattable. Elle peut être convertie en euros, dollars, etc.

La cryptomonnaie s’utilise comme de l’argent classique. Elle permet de payer des achats : biens de consommation, services ….

Le bitcoin en est l’exemple le plus populaire mais il existe de nombreuses cryptomonnaies : Bitcoin Gold, Bitcoin Cash, Ripple, Ethereum, Litecoin, etc.

Pourquoi cet intérêt « soudain » pour le bitcoin ?

Il existe de nombreuses réponses à cette question. Ainsi, le bitcoin fait actuellement l’objet de beaucoup de spéculation. Aux Etats-Unis en 2010 (date du premier achat de marchandises en bitcoin) 10.000 bitcoins valaient 2 pizzas. Désormais 1 seul bitcoin vaut près de 50.000 EUR…

Le bitcoin est également considéré par certains comme la monnaie du futur. Le maire de Miami a ainsi pour objectif de permettre à ses administrés de payer leurs impôts en bitcoin et de rémunérer les fonctionnaires qui le souhaitent via cette cryptomonnaie.

La cryptomonnaie est ainsi perçue dans le milieu du travail comme un moyens de doper les rémunérations. Il suffirait en effet de (se faire) payer en bitcoin et de les convertir lorsque le taux de change est favorable. L’objectif étant bien sur de profiter de la volatilité de la monnaie pour encaisser une belle plus-value. Tout ceci aiguise l’intérêt des travailleurs et des employeurs boursicoteurs.

En Belgique, peut-on payer ses travailleurs en bitcoin ?  

Non, la loi oblige l’employeur à payer la rémunération des travailleurs au moyen d’une monnaie qui a cours légal en Belgique. Ce n’est pas le cas du bitcoin, ni d’aucune autre cryptomonnaie.

Quid si la demande émane du travailleur lui-même  ?

Cela ne change rien. Même si le travailleur est d’accord, un salaire payé en bitcoin est irrégulier. L’adage « qui paie mal, paie deux fois” s’applique alors. Votre collaborateur pourrait vous réclamer à nouveau son salaire, cette fois en monnaie sonnante et trébuchante.

Et si le salaire est payé en euros, peut-on payer un bonus en bitcoin ?

La réponse est controversée (même si elle penche vers le « non »).

Selon les plus prudents qui sont majoritaires, NON. Ils appliquent la loi strictement. Toute rémunération qui est la contrepartie du travail ne peut pas être versé en monnaie virtuelle. Le fait qu’il s’agisse d’une prime exceptionnelle, d’un bonus, d’une rémunération variable n’y change rien. Toute somme perçue en raison du contrat de travail/des prestations de travail serait donc visée par cette interdiction.

Selon d’autres, le bonus ne constitue pas en tant que tel la contrepartie du travail. Il récompense une prestation supplémentaire. Il pourrait donc être payé en bitcoin.

Et les autres pays dans tout ça ?

Il n’y a pas encore de position européenne sur le sujet.  Chaque état applique sa propre législation.

Ainsi, la France ne reconnait pas le bitcoin comme une monnaie et interdit donc de payer les rémunérations de la sorte.

Les Pays-Bas, quant à eux, l’autorisent.

Aux Etats-Unis, au Japon et en Nouvelle-Zelande, le paiement de salaires en bitcoin est monnaie courante.

Le revers de la médaille

Attention, même si cela était autorisé, le recours au bitcoin n’est pas sans risque. La cryptomonnaie a ainsi les qualités de ses défauts :

  • Elle est extrêmement volatile. Son cours peut s’effondrer aussi vite qu’il est monté ;
  • Elle n’est pas protégée par les Etats. En cas de piratage notamment, le détenteur de bitcoins aura peu de moyens d’actions ;

En conclusion ?
Le bitcoin est peut-être la monnaie du futur, mais pas celle du présent. Nous vous recommandons donc d’être prudent et de ne pas l’appliquer comme mode de rémunération. Vous souhaitez doper le salaire de vos collaborateurs ? De nombreuses possibilités existent et qui sont bien moins périlleuses.

Auteur : Vincent Trevisan, Partner Deloitte Private (vtrevisan@deloitte.com)

 

Image par MichaelWuensch de Pixabay


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Publication par communiqué de presse.



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