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Publié le 28-11-2017 | Céline Léonard

DOSSIER SERIAL ENTREPRENEURS – Luc Pire : l’entrepreneur culturel

Entre culture et entrepreneuriat, un fossé idéologique persiste. Déjouant les clichés bien ancrés et les antagonismes stériles, Luc Pire a démontré, tout au long de sa carrière, que l’on pouvait conjuguer avec succès valeurs culturelles et sens des affaires.
Ce parcours atypique débute au cœur des années 70. Agé de 18 ans, Luc Pire esquisse ses premiers pas professionnels en tant que journaliste politique. « Je collaborais à la rédaction d’un journal appelé “Pour”. Lorsque celui-ci a disparu, au début des années 80, j’ai repris une imprimerie en faillite aux côtés de 4 amis. Au sein de cette société constituée en coopérative, je portais la casquette de commercial. »
En 1986, le poste de directeur national de l’association Infor-Jeunes est à pourvoir. Luc Pire se porte candidat. Ses aptitudes commerciales combinées à sa fibre politique lui permettent de se distinguer parmi les prétendants. Quelques mois après son arrivée, en vue de générer de nouvelles rentrées pour l’association, il a l’idée de créer la Carte jeunes européenne , un pass
permettant aux moins de 26 ans de bénéficier de réductions sur des activités culturelles et sportives. L’important succès rencontré par la formule aiguise son envie d’entreprendre.
En 1991, un bref passage par la Commission européenne conforte notre homme dans le fait qu’il n’a pas l’âme d’un fonctionnaire. Désireux d’exploiter ses 15 années d’expérience, il fonde alors
Tournesol Conseil, une société spécialisée dans la communication institutionnelle. Alors qu’il s’installe dans ce domaine rentable, Luc Pire décide de s’essayer conjointement à un secteur plus risqué : l’édition. « Tout est parti d’une initiative citoyenne. Je voulais proposer au public belge francophone un livre sur le Vlaams Blok uniquement disponible en néerlandais. Le bon accueil reçu par ce premier ouvrage m’a convaincu qu’il existait un créneau pour des livres politiques et d’investigation dans notre pays. » C’est la naissance des Éditions Luc Pire.
Non content de cette activité aussi passionnante que dévorante, notre entrepreneur relance la
Foire du Livre de Bruxelles, initie l’opération ‘Je lis dans ma commune’ et crée, entre autres, le
chèque-lire (qu’il revendra à Sodexo).
En 2012, après 38 années passées le nez dans le guidon et 1.500 livres publiés, Luc Pire se retire du monde de l’édition. « J’étais tout simplement usé. »
Revigoré par une année d’accalmie, il répond dès 2014 à l’appel du professeur Bernard Surlemont (HEC-ULg) pour créer le VentureLab, un incubateur dédié aux étudiants du supérieur. Toujours très investi dans cette mission, il officie également en tant que Trésorier d’Amnesty
International et ouvrira en 2018 une école de devoirs – “La Place” – dans le quartier Saint-Léonard, à Liège.

Appartenez-vous à une famille d’entrepreneurs ?
« Tout à fait. Mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père étaient marchands de grain dans le Condroz namurois. À la fin de sa carrière, mon père dirigeait une PME de 30 collaborateurs dans ce secteur. Aujourd’hui encore, lorsque je traite mes papiers le week-end,
j’ai toujours une pensée pour lui qui se consacrait à cette tâche tous les dimanches matin. »

Qu’est-ce qui vous a incité à multiplier les projets entrepreneuriaux ?
« Je suis un hyperactif qui a la routine en horreur. Lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que j’ai changé d’activité tous les 5 ans environ. Seule l’édition m’a tenu plus longtemps. J’aime créer, développer, oser. Mais une fois qu’une affaire tourne, j’éprouve l’envie de passer
à autre chose. »

L’expérience aidant, il y a-t-il des choses que vous ne recommenceriez pas de la même façon ?
« Je regrette d’avoir vendu, en 2006, la majorité des parts des Éditions Luc Pire au groupe RTL-TVI. Plus exactement, je regrette d’être alors devenu actionnaire minoritaire. J’aurais dû tout vendre ou tout conserver (ndlr : en 2010, Luc Pire a récupéré la marque Éditions Luc Pire). »

Depuis 2014, vous accompagnez des candidats entrepreneurs au sein du VentureLab. Quels conseils leur dispensez-vous pour marcher vers le succès ?
« Entreprendre n’est pas un loisir, mais un choix de vie. La première valeur que ces jeunes doivent intégrer est donc celle du travail. On ne peut espérer monter une entreprise si on ne s’y consacre pas à corps perdu. J’essaie, ensuite de les convaincre que lever des fonds est moins difficile qu’il n’y paraît. Il y en a, en Wallonie, une importante épargne inexploitée et une quantité d’investisseurs potentiels, y compris dans leur entourage. »

Les résultats enregistrés sont-ils concluants ?
« Inespérés. En 2 ans ½, pas moins de 43 sociétés ont vu le jour et une centaine d’emplois directs ont été créés. Sans compter les projets qui n’ont pas aboutis, mais qui ont également été formateurs pour ces jeunes. J’encourage tous les entrepreneurs qui ont un peu de temps à venir partager leur expérience. Un appel que j’adresse plus spécifiquement encore aux dirigeantes étant donné que nous ne comptons aucune femme parmi nos entrepreneurs en résidence. »

Aujourd’hui, envisagez-vous encore de créer une entreprise ?
« La créer moi-même, je ne pense pas. En revanche, je viens d’accepter de m’investir humainement et financièrement dans In The Air, une société très innovante de magie professionnelle. Je reste ainsi dans mon domaine de prédilection, celui de l’industrie culturelle et créative. »

Entreprendre, et de surcroit à répétition, c’est…
« D’abord, et avant tout, un moteur. C’est, ensuite, une question d’opportunité, puis une attitude à encourager chez les autres. Chose que je m’emploie à faire au VentureLab. Entreprendre est aussi une affaire de maturité. Enfin, dans certaines situations telles que la relance de la Foire du Livre, c’est une folie. »
VentureLab : Bvd de la Sauvenière, 118 à 4000 Liège – Tél. : 04/227.21.00 – www.venturelab.be


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