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Pierre Hamblenne (J&Joy) : rêver l’impossible

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À 27 ans seulement, Pierre Hamblenne s’est déjà fait un nom dans l’univers de la mode. Colorée, sa ligne de vêtements J&Joy a su séduire les consommateurs, jeunes et moins jeunes, à travers l’Europe. Retour sur le parcours de cet entrepreneur qui a osé rêver l’impossible.

Lorsque les fées se sont penchées sur le berceau de Pierre Hamblenne, elles l’ont couvé de qualités rares : une juste dose d’audace, un talent d’organisateur, une capacité à détecter les produits qui raviront le marché. Des qualités dont ce jeune waremmien n’a pas tardé à user…

«A l’âge de 12 ans, j’étais un véritable mordu de jeux vidéo, se souvient-il. Pour améliorer mes performances, j’ai eu l’idée d’apposer des petits morceaux de téflon aux 4 coins de ma souris d’ordinateur. Tout heureux de ma découverte, j’ai décidé d’importer des petits œillets en téflon que j’ai commercialisé auprès de la communauté des joueurs.» Une vraie graine d’entrepreneur.

A 17 ans, Pierre Hamblenne multiplie les initiatives pour financer le voyage de fin d’études de sa classe. «Nous avons, notamment, organisé une soirée qui a réuni pas moins de 3.000 personnes.» Les fonds nécessaires sont rassemblés ; un nouveau succès à la clé.

Ses humanités achevées, notre homme s’imagine volontiers à la tête de sa propre société. C’est donc naturellement qu’il prend le chemin d’HEC. «Je n’étais pas le plus assidu des élèves. Un jour, en parcourant le journal, je suis tombé sur un article expliquant que tous les ménages belges allaient devoir se doter de détecteurs incendie. J’ai contacté le bourgmestre de ma commune pour lui dire qu’il serait opportun qu’il en offre un à chaque foyer. Il a été convaincu et je me suis chargé de trouver, en Suède, un fournisseur proposant des prix très compétitifs. Je me suis rétribué en m’attribuant une commission de quelques centimes sur chaque appareil. Bonne surprise : les habitants des communes voisines ont à leur tour demandé un détecteur à leur bourgmestre.» Au final, pas moins de 180.000 pièces vont ainsi s’écouler permettant à Pierre Hamblenne de se constituer un capital de 30.000 €.

PIERRE HAMBLENNE«J’aurais pu m’acheter une belle voiture mais j’ai préféré donner vie à un produit que j’avais imaginé dans le cadre d’un cours : une gamme de polos originaux et colorés. Les produire en Belgique était impayable. J’avais certains freins vis-à-vis de l’Asie ; je ne voulais pas que mes vêtements soient fabriqués par des enfants. J’ai finalement trouvé au Sri Lanka une usine respectant la charte ILO (International Labor Organisation). Cela me garantissait, entre autres, qu’elle n’employait pas de travailleurs de moins de 16 ans. J’ai débarqué dans ce pays très naïvement, avec mes petits croquis. Plutôt que de m’éconduire, les responsables de la firme m’ont aidé à concrétiser mon projet en mettant une styliste à ma disposition. De retour en Belgique, j’ai fébrilement attendu ma première collection. Avant mon voyage, j’avais non sans mal convaincu une vingtaine de boutiques d’accueillir mes créations.» Mais au moment de recevoir la commande, la machine s’enraye : «J’ai été livré avec 3 mois de retard ! » Sur les 4.000 pièces livrées, 1.000 seront finalement vendues. « Peut mieux faire…» Quelques mois plus tard, une 2ème collection, plus aboutie, est livrée. Cette fois, 3.000 vêtements s’écoulent. Nous sommes en 2008. La machine J&Joy se met en marche. Parallèlement à la collection hommes, une gamme dédiée aux femmes et aux enfants est dessinée. Face à l’ampleur de l’activité, Pierre Hamblenne met un terme à ses études et s’entoure des bonnes personnes. Très vite, le marché belge devient trop exigu : la France, l’Allemagne, l’Autriche, le Royaume-Uni voient à leur tour la marque au double “J” déferler. Dès 2013, des magasins entièrement dédiés à la marque font leur apparition. Rassasié notre jeune entrepreneur ? Pas encore. « Le monde est grand », conclut-il.

COUP DE GENIE

« Je pense aux prémisses réussies de notre développement international. C’est un réel travail d’équipe. En dépit d’une moyenne d’âge assez jeune (25 ans), nous arrivons à tirer notre épingle du jeu et nos premiers pas à l’international sont un succès. »

COUP DE CŒUR

«Je voudrais évoquer ici l’association J&Joy. Produire en Belgique étant financièrement impossible, je me suis tourné vers l’Inde. Si le Sud de ce pays est riche, le Nord est pauvre. Dès que nous avons dégagé les premiers bénéfices, j’ai tenu à restituer à l’Inde une partie de notre réussite. Je craignais, toutefois, de confier notre argent à une association où je n’aurais pas eu une vision exacte de ce à quoi il allait être affecté. J’ai finalement décidé de créer notre propre fonds philanthropique, reconnu et géré entièrement par la Fondation Roi Baudouin. Nous sommes la seule PME dans ce cas et j’en suis fier. Par ce biais, nous finançons une série de projets : des puits d’eau potable, notamment, ainsi qu’une école mobile qui se rend dans les villages les plus éloignés afin d’apprendre aux enfants à lire, écrire et calculer. »

COUP DE GUEULE

« Je suis agacé par le manque de soutien concret du gouvernement vis-à-vis des jeunes entrepreneurs ! Des initiatives telles que le VentureLab (ndlr : le premier incubateur, en Belgique francophone, de projets entrepreneuriaux pour étudiants  et jeunes diplômés initié par HEC-ULg) sont des exemples à suivre ! »

BIO EXPRESS

  • Né le 19 avril 1987 à Liège
  • 2005 : décroche son diplôme d’humanités générales à l’Athénée Royal de Waremme
  • 2005 : entame des études à HEC-ULg avec la volonté de devenir entrepreneur
  • 2006 : imagine le concept de la marque de vêtements J&Joy
  • 2007 : lance la production de la première collection J&Joy
  • 2009 : étend sa gamme en créant une collection dédiée aux enfants
  • 2009 : met un terme à ses études pour se consacrer entièrement à J&Joy
  • 2012 : se tourne vers l’international (la France et le Grand-duché du Luxembourg pour commencer).
  • 2013 : inaugure son premier flagship store en plein cœur de Liège

 

DU TAC AU TAC

Quelle est votre plus grande qualité ?

Imaginer et voir les choses différemment. Ce, à tous les niveaux.

 

Votre plus gros défaut ?

Tant en affaires que dans ma vie privée, j’ai tendance à être trop gentil. Un point de ma personnalité que je n’ai somme toute pas envie de changer.

Votre devise ?

«Rien n’est impossible » et « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ».

Si c’était à refaire…

Je ne changerais pas grand-chose. Avant de me lancer, j’ai rencontré quelques professionnels du secteur textile. J’ai décidé d’arrêter de les consulter car ils ne me parlaient que des problèmes qu’ils rencontraient. J’ai finalement foncé, sans me poser trop de questions, en faisant les choses à ma manière. Une approche assez naïve qui aurait pu me conduire dans le mur. Aujourd’hui, je n’ai que 27 ans mais je m’interroge davantage qu’à l’époque. Trop réfléchir est mauvais pour l’entrepreneuriat. J’ai eu la chance d’entreprendre à 20 ans, un âge où je n’avais pas d’engagements et seulement quelques économies à perdre. Je crois que plus on avance en âge et plus il est difficile de se lancer dans le grand bain.

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J&JOY C’EST :

  • Une ligne de vêtements belge s’adressant aux adultes et aux enfants
  • 70 collaborateurs
  • 350.000 pièces écoulées en 2014
  • Un chiffre d’affaires de 6 millions € en 2014
  • Une présence dans 500 points de vente
  • 9 flagship stores (en Belgique, en France et à Taiwan)
  • Une présence dans toutes les boutiques du Club Med (un privilège partagé avec Ralph Lauren et Tommy Hilfiger)

J&Joy : Avenue Edmond Leburton n°9 à 4300 Waremme – Tel : 019/30.25.82 – www.jn-joy.com

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Rédactrice en chef (Liège-Namur)
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