Hainaut

Publié le 04-06-2019 | Hugo Leblud

MALEX… ou l’art de rabouter des coils

L’entreprise Malex, fondée à Marchienne-au-Pont au milieu des années 80 par Alexandre Quaranta et, toujours aujourd’hui, à 100% aux mains de cette même famille, a développé une technologie tout à fait innovante pour « coller » (« rabouter » est le terme technique approprié) les gigantesques bobines d’acier (plus de 20 tonnes/pièce !) lorsqu’elles déroulent à grande vitesse pour progressivement s’amincir dans les « cages » des laminoirs à froid.

Ce «raboutage », qui comprend une double découpe laser soudage laser, s’effectue, grâce à ce nouveau dispositif, en… 26 secondes, avec possibilité d’un recuit de la soudure à la molette !

L’enjeu économique (et financier) est de taille puisqu’il s’agit, pour ces installations sidérurgiques, de ne surtout jamais arrêter le train en marche, à l’exception des périodes de grands entretiens annuels.

Pour permettre d’effectuer la « soudure » sans mettre la ligne de laminage à l’arrêt, les tôles, toujours en mouvement donc, sont momentanément stockées dans un accumulateur afin de permettre l’intervention de la soudeuse, pour une opération de raboutage la plus solide, mais aussi la plus rapide possible.

Sachant que cet équipement de soudage est, on l’aura compris, véritablement stratégique sur une ligne de laminage, Malex a, depuis le début des années 2010, concentré tous ses efforts afin de mettre au point un équipement innovant et performant destiné à cette intervention.

Avec les aides en Recherche & Développement (DG06) de la Wallonie, les équipes techniques de Malex ont conçu une soudeuse révolutionnaire baptisée « HybWeldCut ».

Derrière ce patronyme pour le moins ésotérique se cache en fait le nom d’une soudeuse-découpeuse hybride « laser-résistance » qui offre une solution, jamais développée à ce jour, pour les sidérurgistes qui laminent en continu des coils en aciers spéciaux (inox et autres).

Pour mettre au point cette soudeuse-découpeuse hybride, pas moins de 1,5 million EUR ont été mobilisés, en ce compris les moyens avancés par les pouvoirs publics.

 

Vers un partenariat commercial

Si cet impressionnant équipement est commercialisable déjà depuis deux à trois ans maintenant, la PME carolo n’a pas encore conclu de vente à ce jour.

« Cette soudeuse-découpeuse hybride, qui met en œuvre un laser de dernière génération, sera vendue, placée sur la ligne, près de 2 millions EUR » précise encore Alexandre Quaranta.

Très prudentes de nature, les directions financières des sidérurgistes ne semblent pas (encore) disposées à prendre le risque de mettre en place une telle machine à souder au sein de leurs propres installations, et ce, bien que l’équipement soit reconnu d’un point de vue technique.

Aujourd’hui, Arcelor Mittal ou encore l’Indien Tate Steel et le Russe NLMK ont effectivement testé le nouvel équipement pour le reboutage d’aciers spéciaux mais uniquement sur le démonstrateur (mini-pilote industriel) logé au sein des installations de Malex à Marchienne-au-Pont.

Les rapports de tests affectués sur les soudures font état de résultats très satisfaisants.

« A chaque fois, et même s’ils sont convaincus de la performance de l’équipement, ces grands opérateurs nous demandent à voir une de ces nouvelles soudeuses en fonctionnement sur une « vraie » ligne de laminoir, l’autre question récurrente étant celle de notre taille et subséquemment, de notre solidité financière et des garanties que nous pouvons apporter » poursuit le patron-fondateur de Malex.

Précisons ici que quasi tous les grands opérateurs sidérurgiques européens qui laminent des coils à froid ont des soudeuses conçues, recalibrées et entretenues par le personnel hautement spécialisé de Malex.

« Devant cette sorte d’impasse commerciale, nous sommes aujourd’hui à la recherche d’un groupe, d’un acteur, d’un équipementier sidérurgique avec lequel nous pourrions nous adosser ou collaborer sous un angle commercial, ce partenaire devant être en capacité aussi de nous apporter les garanties financières exigées » souligne Alexandre Quaranta.

 

Fabricant de machines

Fondée en 1987 par Alexandre Quaranta et Mario Vivone, deux cadres techniques de l’ex-Verson Europa, société carolo tombée en faillite peu après, la société Malex est l’une des rares – et la plus petite ! – en Europe (on parle de moins de dix acteurs dans le monde) qui conçoit, fabrique, modernise (revamping) et entretient, sur les lignes ou en atelier, des équipements de soudage/raboutage de ces gigantesques bobines d’acier appelées « coils ».

« Avec la mise au point du démonstrateur technologique HybWeldCut, nous franchissons une nouvelle étape dans notre développement puisque nous devenons, de facto, un fabricant de machines » poursuit Alexandre Quaranta.

Dans son secteur d’activité très pointu, Malex considère que près de 2.000 installations de soudage sont aujourd’hui en service, mais pour tous les types d’acier, tant les aciers noirs que les aciers spéciaux (inox pur et alliages).

 

Succession assurée

En 2018, Malex a connu pour toutes ses activités de fabrication et de service (automation, électricité, maintenance, modernisations, rechange….) auprès de clients très fidélisés comme Alstom Transport ou encore AGC mais surtout auprès de ses clients en sidérurgie, une forte croissance de son chiffre d’affaires estimé à près de 2,3 millions EUR.

La force de cette PME est aussi la haute qualification de ses seize travailleurs très polyvalents dans les divers métiers qui font la réputation de Malex.

Pour la première fois depuis sa création, une équipe de Malex vient de quitter l’Europe pour mettre le cap sur l’Asie, et plus précisément les Philippines, pour une opération de revamping sur une soudeuse.

De nouvelles perspectives commerciales s’ouvrent et se préparent chez Malex, au moment où la PME carolo confirme son ancrage familial avec la montée en puissance de Roxane Quaranta, la fille du fondateur.

 

 

MALEX SA – Rue E. Focquet, 15 à 6030 Marchienne-au-Pont – Tél. : 071/33.40.90 – www.malex.be

 


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